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L’économiste anglais Malthus dans son « Essai sur le
principe de la population », paru à Londres en 1798,
faisait part de sa
préoccupation de l’incidence, sur le développement
sociétal, de l’accroissement de la
population suivant une proportion géométrique alors,
qu’à l’époque, l’accroissement des moyens de production
ne suivait qu’une proportion arithmétique. En mettant
en évidence les limites du développement sociétal,si le
taux de croissance de la population n’était pas régulé
en agissant sur le taux de natalité, il prouvait que le
développement sociétal de l’époque ne pouvait se
poursuivre indéfiniment de manière durable. |
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En 1968, alors que l’économie de marché mondialisé se
développe dans la logique keynésienne, quelques
personnalités du « Club de Rome » s’inquiétant de
la croissance fulgurante de la consommation mondiale,
exprimaient le souhait que « la recherche s’empare du
problème de l’évolution du monde pour tenter de
cerner les limites acceptables de la croissance
économique dans la société de consommation visant
ainsi à mettre en place une certaine gouvernance
mondiale ». |
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Après les années de contestation 1960-1970, la
génération hippie va développer une nouvelle
représentation du monde qui sera étrangère à la
représentation rationnelle de la science moderne et qui
relèvera plus de l’exotisme intellectuel et du tourisme
spirituel. Cette nouvelle vision du monde va accentuer
la prise de conscience, parmi certaines composantes
des populations des pays développés, des dégâts
engendrés à notre environnement par la techno-science
et va permettre à l’écologie d’offrir les outils
conceptuels permettant de mieux comprendre la pertinence
d’un éco-développement renouant avec
l’équilibre des modes de vie plus traditionnels,
oubliés depuis l’après guerre mondiale de 1940-1945.
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En 1987, le concept de
développement durable
est défini dans le « Rapport Brundtland » comme étant « un
développement qui répond aux besoins du présent
sans compromettre la capacité des générations
futures à répondre aux leurs », supplantant
ainsi la notion d’éco-développement
apparue dans les années 1970. |
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La mise en œuvre du concept de développement durable
va s’opérer au fil du temps, de manière
démocratique, au travers de la pratique de l’Agenda 21
local. Mais cette pratique, réalisée via la méthode du
« bottom-up » dans le cadre d’une
réflexion globale anticipative et corrélative, va
s’avérer difficile car elle nécessite l’acquisition
d’une bonne compréhension des situations et des
problématiques rencontrées dans toute société, car cette
pratique implique également la maîtrise de la technique
d’analyse prospective
(
analyse quantitative, analyse par la méthode des
scénarios…)
en vue d’identifier et de différentier les événements et
leurs évolutions possibles, plausibles, souhaitables et
favorables à la planification d’un développement
sociétal durable. Entreprise difficile d’autant plus que
la mise en œuvre de l’Agenda 21, par la méthode du « bottom-up »,
risque d’entraîner également des interférences avec la
méthode « top-down », préconisée
par les responsables politiques, faisant apparaître de
ce fait une certaine inefficacité au niveau de la
gouvernance globale. |
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Le développement durable est cependant devenu,
désormais, omniprésent, mais sous des formes diverses et
disparates et avec des succès divers, au niveau des gouvernements, des sociétés
privées, de l’agriculture… Il apparaît au niveau des
préoccupations politiques, comme de nouvelles manières
de penser le monde qui constituent une nouvelle
source de paramètres et de problématiques qui viennent
s’ajouter au champ de la prospective évoquée ci-dessus
et qui risquent ainsi d’accroître davantage la
complexité de cette méthodologie. D’autant plus que les
mesures environnementales, sociales, économiques et
culturelles ne sont pas appliquées, simultanément et
partout, de manière identique et uniforme, aux
différents niveaux de décision et dans les différents Etats de par le monde. |
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Comment dans ces conditions aboutir à des résultats
valables lors de la mise en œuvre des mesures
préconisées dans l’Agenda 21 Local ? Comment convaincre
les citoyens de prendre en compte les mesures de
développement sociétal durable préconisées dans leur
Etat lorsque des chefs d’Etats voisins décident du
contraire ?
Le refus des Etats-Unis d’Amérique de signer le
protocole de Kyoto en 1997, ainsi que la décision
récente, prise en 2010 par le Président français,
Nicolas Sarkozy, de ne pas appliquer la taxe carbone en
France par crainte de la concurrence économique
pratiquée éventuellement par les autres états voisins
qui n’appliqueraient pas la même taxe, constituent deux
exemples d’obstacles à la mise en œuvre d’un
développement sociétal durable dans sa dimension
mondiale. |
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Et comment aboutir à des résultats valables dans le
cadre du développement sociétal durable si le concept
de développement durable, lui-même, n’est pas perçu de
manière univoque par tous ? Certains pratiquent la
déformation volontaire ou involontaire du concept de
développement durable en isolant le premier terme « développement »
et en entendant par là que le développement, tel que
mené jusqu’alors, peut se poursuivre et s’amplifier « durablement »,
alors que d’autres
perçoivent dans
l'adjectif « durable » la remise en cause des
excès du développement actuel, à savoir notamment l'épuisement
des ressources naturelles, la pollution, la perte de la
biodiversité… Cette
dichotomie fait ainsi apparaître le caractère équivoque
possible de l'expression « développement durable ».
D’autant plus que les
jeunes générations, des années 1990,
qui vivent dans l’abondance de la société de
consommation postmoderne
n’aspirent qu’à jouir d’un maximum de plaisir. Ils
n’attendent plus grand-chose de leur avenir et ne
souhaitent pas changer ce monde de divertissement, mais
bien d’en profiter pleinement.
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« La pensée
n’a pas vraiment sa place dans la mentalité de cette
époque (
ndlr - aujourd’hui). Dans le
Dineyland social des pays soi-disant développés,
personne ne semble prendre conscience de la portée
extraordinaire de l’agression souriante de la
musique d’ambiance et de la publicité, de
l’embrigadement des masses…L’individualisme
tourne autour du culte de l’ego. Il culmine dans la
forme achevée du narcissisme.
Regardez-moi, parlez-moi de moi, flattez-moi, il n’y
a que moi qui m’intéresse. De là l’empire souverain
de l’apparence, le règne sans partage de l’image,
l’exhibitionnisme de l’intimité et l’orientation
vers la relation show. »
In « http://sergecar.perso.neuf.fr/cours/societe3.htm
- Philosophie et spiritualité – Le changement des
mentalités -
Serge Carfantan-Docteur agrégé en philosophie
et professeur en lycée) |
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Notons également qu’aux yeux des pays en développement
ce même concept de développement durable peut être perçu
« comme un
luxe de riche,
comme une série de « y-a-qu’à » simplistes et
simplificateur, quand il n’est pas perçu, non sans
quelques raisons, comme
une manière de mieux traiter la nature que les hommes »
(Yvette
Veyret-Professeur de géographie à l’Université de
Paris ).
Dans quelle mesure les préoccupations, principalement
environnementales, qui guident les pays riches du Nord
dans leur démarche vers un développement sociétal
durable, peuvent-elles empêcher les pauvres des pays du
Sud de mourir de faim ? Comment les
contraintes imposées par le protocole de Kyoto
peuvent-elles faciliter le démarrage du développement
sociétal des pays pauvres ? |
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Le concept de développement durable, ne l’oublions pas,
est issu,
lors des travaux de la « Commission
mondiale pour l’environnement et le développement – CMED »
en 1987, de pensées et de croyances développées par un
groupe international de politiciens, de fonctionnaires
et d’experts en environnement et en développement,
guidés par une volonté d’obtention d’une équité
globale, redistribuant les ressources vers des nations
plus pauvres tout en encourageant leur croissance
économique.
Leurs intentions étaient certainement généreuses, mais
le concept de développement durable fut généré, au
niveau des participants à ces travaux, par des
raisonnements guidés, de façon plus ou moins consciente,
par toutes les interprétations, explications, ainsi que
par la systématisation d’une
pensée
scientifique
issue d’une croyance raisonnée.
Croyance raisonnée qui exige de toute idée nouvelle
qu’elle s’accorde avec l’ensemble des croyances
antérieures de manière à assurer entre les idées une
liaison logique soumise à la condition intellectuelle de
cohérence caractérisée par le principe de la non
contradiction et par le principe de la causalité.
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Le concept de développement durable, qui fut conçu sur
base du même mode de pensée que celui qui avait présidé
à la création de la société de consommation et à la
génération de l’économie de marché mondialisé
visant à aboutir à l’occidentalisation du monde entier
et à la propagation d’une pensée unique, se trouve donc dès sa création en équilibre instable entre la
géopolitique, qui rappelle les héritages dont nous ne
nous sommes pas débarrassés, et la géoéconomie,
générée par la mondialisation :
équilibre notamment entre les Etats et les entreprises
internationales en ce qui concerne le contrôle de
l’activité et le développement sociétal. |
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D’autre part, il convient d’admettre que
les mentalités humaines ne s’élaborent pas toutes à
partir d’une pensée scientifique
caractérisée par
le principe de la non contradiction et le principe de la
causalité.
De telle sorte que
certaines
populations semblent ne pas être sensibles à notre
champ de perception de l’évolution sociétale
et refusent de s’engager dans cette voie. D’autres
populations se trouvent confrontées à un besoin vital
de développement économique. |
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La Chine,
par exemple, qui ,sortant des épisodes pénibles de son
histoire commence à émerger d’un état de
sous-développement
(état considéré comme tel par les sociétés participant à
l’économie de marché mondialisé),
souhaite bénéficier et profiter pleinement d’un
développement sociétal semblable à celui des pays du
Nord, avec ses abus et ses gaspillages notamment au
niveau des ressources naturelles, fût-ce au détriment
des générations futures.
Souhaitant retrouver une certaine puissance mondiale et
sa place dans le marché économique mondial,
dopée par son développement industriel actuel,
poursuivant une croissance économique frénétique au
cours des dix dernières années, la Chine
refusait jusqu’il y a peu toute approche de la préoccupation
d’un développement sociétal durable.
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« La croissance
miraculeuse
de la Chine durant les dernières décennies
a certes conduit des millions de chinois hors de
la pauvreté, mais au prix de l’acceptation de
lourds sacrifices de la part de quelques
générations d’hommes et au prix de lourdes
pressions sur l’environnement en termes de
pollution de l’air
et de l’eau. Au point que cette croissance,
par ses limites, remet en cause sa propre
durabilité à long terme................ Les problématiques de la pollution
en Chine, à travers sa stratégie de développement,
illustrent une nouvelle fois les limites de modèle
économique de croissance économique que l’ensemble
des pays « développés » comme « émergents »
mettent en œuvre et l’urgence de la transition
vers un système de développement durable pour
l’humanité…. »
http://reflexiondurable.blogspot.com/2009/03/chine-et-developpement-durable-les.html
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Ce refus était d’autant plus surprenant que la mentalité
chinoise, empreinte de par sa culture traditionnelle
du souci des générations futures, faisait preuve de
compréhension de la fonction de l’homme dans sa
relation avec la nature et avait véhiculé, dans le
passé, la préoccupation de la durabilité au point que
l’on pourrait dire, à la limite, que les origines du
développement durable sont situées dans la philosophie
chinoise traditionnelle. |
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Mais l’érosion des sols et la pollution des cours d’eau
semblent cependant contraindre actuellement les
autorités à modérer leur course à la puissance
économique et à leur emprise sur le marché mondial.
Cette modération et un
certain retour à la philosophie traditionnelle chinoise
peuvent être considérés comme des gages précieux d’une
collaboration à la mise en œuvre du concept de
développement durable au niveau mondial. |
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Dans le cas de l’Inde les réformes successives prises depuis
1990 ont progressivement réorienté l’économie indienne
vers un système de marché avec l’ambition de devenir une
super puissance économique. Cette libéralisation
économique, qui s’est effectuée grâce à la
multiplication des délocalisations industrielles vers
l’Inde au départ des entreprises des pays industriels
et développés et en parallèle grâce au développement de
multinationales indiennes vers ces mêmes pays, a eu
globalement des retombées bénéfiques puisque la
croissance annuelle du PIB indien est passé de 1% dans
les années 70 à 9% en 2006 (source : Atlas
Economique du Monde 2008). |
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Mais les retombées complexes de cette croissance ont surtout été
bénéfiques dans le secteur des industries
manufacturières, y créant même une nouvelle classe
moyenne. De telle sorte quelques 35 millions
d’Indiens gagnent plus de 1.000 dollars par mois, par
contre environ 70% de la population, qui
comprenant notamment bon nombre de petits cultivateurs,
ne participe qu’à raison de 20% au PIB indien et subit
cette libéralisation économique comme une « fatalité ».
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Environ 380 millions d’Indiens vivent avec 1 dollar par jour. Il
n’est donc pas étonnant de constater que l’Inde soit
devenue la poubelle des Etats industrialisés en
recyclant leurs déchets de toutes sortes, notamment les
circuits imprimés des vieux ordinateurs, des
téléviseurs, des télécommandes, des postes de radio,
des téléphones, et autres appareils électroménagers, des
équipements pourvus d’amiante…Déchets traités et
conditionnés par exemple dans des bidonvilles, sans
aucune précaution, même élémentaire , en ce qui concerne
l’inhalation des gaz toxiques s’échappant soit des bains
d’acide ou s’échappant des foyers de combustion utilisés
pour la récupération à partir des constituants se
trouvant parmi les déchets qui sont pourvus d’or ou de
cuivre. |
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Les interactions qui ont accompagné la libération économique et l’instauration
d’un Etat indien qui se veut moderne ont progressivement
provoqué la
perte du contrôle des biens communaux par les
communautés villageoises.
De telle sorte qu’en l’absence de véritable politique de
gestion des ressources naturelles le développement
économique entraîna rapidement des problèmes de
pollution, appauvrissement, voire épuisement des nappes
phréatiques, dégradation des terres, exploitation
inconsidérées des forêts, érosion des sols.
D’autre part le statut juridique des territoires, statut
archaïque et inadapté à une production importante de
biomasse, qui tout en permettant le développement
économique fut à l’origine de la détérioration des
conditions de vie des petits paysans.
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Il convient également de constater une disparité importante de
richesse, de situation sociale et de développement entre
certains grands Etats indiens qui, malgré
l’accroissement important de l’élite (des milliers
d’ingénieurs informaticiens des millions de cadres
anglophones), nécessitera un
délai très long pour permettre à l’Inde de venir à bout
de l’extrême pauvreté d’une grande partie de sa
population. Il est certain que cette énorme
difficulté va occulter toute préoccupation de
développement durable, durant la durée de la transition
de l’Inde vers un état de développement économique et
social comparable à celui des Etats occidentaux.
Contrairement à la Chine, nous ne devons donc pas
attendre de si tôt, de la part de l’Inde, une quelconque
collaboration
de mise en œuvre du concept de développement
durable au niveau mondial. |
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Que peut-on attendre des problématiques de pollution
et des
préoccupations d’un développement sociétal durable
de la part de l’Indonésie, de l’Afrique, de
l’Amérique du Sud… au travers de leurs stratégies de
développement socio-économique, si ce n’est qu’elles
n’évoluent pas nécessairement
dans le même sens que dans nos « pays développés » ?
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De même il n’est pas certain que les mentalités des
différentes populations intéressées par un
développement sociétal durable soient toutes sensibles à
notre champ de perception de l’évolution sociétale. |
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Dès lors on peut s’interroger non seulement sur les
procédures nécessaires à la réussite de la mise en œuvre
d’un développement sociétal durable dans sa dimension
mondiale, mais également sur le bien fondé et sur
les limites de répercussion de certaines mesures
environnementales et climatiques notamment déjà
mises en œuvre dans la cadre de l’Agenda 21 ! |
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