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La hausse des prix va-t-elle de
pair avec la disparition de la paysannerie ? |
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Xavier Delwarte - FUGEA : Fédération Unie de Groupements d’Eleveurs et
d’Agriculteurs. |
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Eldorado
dos Carajas n’a rien en commun avec l’Eldorado mythique qui
poussait les conquistadors espagnols à la course aux trésors
du Nouveau Monde. Les faits qui s’y sont déroulés le 17
avril 1996 sont bien trop réels, bien trop violents. Mais le
mythe rejoint la réalité dans le
sens où ce qui a permis à certains de cumuler des
richesses inimaginables a fait la misère de beaucoup
d’autres. Pire, comme dans beaucoup d’endroits du Sud, cela
a tourné au massacre pour des paysans, affamés de justice.
Au Nord dans les pays dits riches, suite à des politiques
agricoles inadaptées et des prix bas en dessous des coûts de
production pratiqués ces dernières années, les paysans
disparaissent au profit de structures et exploitations
toujours plus grandes. En commémoration de ce massacre, la
VIA CAMPESINA, mouvement paysan mondial a décrété le 17
avril comme journée mondiale des luttes paysannes. |
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Le 17 avril
1996, près de 2.000 paysans sans terre manifestent
pacifiquement pour le droit d’accès à la terre à Eldorado
dos Carajas, ville de taille moyenne dans l’Etat de Para au
nord du Brésil. Ils ne revendiquent que le droit de pouvoir
travailler un lopin de terre pour nourrir leurs familles.
Brusquement, c’est l’horreur : 19
personnes sont assassinées par la police militaire, 70
gravement blessées. C’est ainsi qu’Eldorado dos Carajas est
devenu un des tristes symboles de la violence dans les
campagnes du Brésil. Plus de 1.600 personnes y ont été tuées
depuis 1980. Des études récentes d’organisations sociales
comme la Commission Pastorale de la Terre (CPT) du Brésil
constatent que les meurtres motivés par des conflits
fonciers ont encore augmenté considérablement ces
dernières années dans leur pays. |
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Ailleurs dans
le monde, le nombre de conflits pour l’accès à la terre
augmente de jour en jour. Les besoins des populations se
trouvent confrontés de manière de plus en plus brutale à
l’omnipotence des marchés mondiaux. La division du travail
entre grands propriétaires terriens, héritiers des
oligarchies nationales des pays du Sud, et certaines
transnationales mondiales résidant pour la plupart dans le
nord, qui contrôlent les marchés financiers, est ici
clairement établie. Les premiers cultivent uniquement ce qui
paie le plus chez les autres. Les besoins de base des
populations concernées ne sont simplement pas pris
en considération. Les prix des denrées de base
s’envolent en conséquence et
l’alimentation devient inaccessible. Aujourd’hui le riz en
Equateur ou aux Philippines, le maïs au Mexique ou en
Haïti et le mil au Burkina
Faso, sont devenus impayables pour les gens qui ont moins de
2€ pour vivre par jour. Paradoxalement ce sont souvent les
paysans de ces régions qui sont les plus touchés.
Pourquoi ? |
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Ce processus
de libéralisation prôné par les grandes instances
internationales (OMC, OCDE, Banque Mondiale, FMI…) et suivi
par l’Union européenne et ensuite par nos Etats, a fait
flamber les prix des matières premières alimentaires chez
les consommateurs de 50% à 200% selon les denrées et régions
(54% pour le riz selon la Banque Mondiale). Les paysans et
leur bétail subissent également la crise de plein fouet. La
production des aliments pour le bétail n’est pas épargnée.
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En Belgique,
selon une étude de la FUGEA , le prix de
la luzerne a augmenté de 95%, celui du soja OGM de 85%, et
celui du soja non-OGM (contrôlé) de 92% selon des données de
septembre 2006 à avril 2008. |
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Cette crise
était prévisible. Elle n’en est donc pas une car depuis des
décennies les politiques et l’économie mondiale
favorisent la libéralisation au lieu de prôner la régulation
des marchés (gestion de l’offre et de la demande au
niveau régional et des Etats) comme nous le préconisons.
Les
marchés agricoles sont volatiles et ne peuvent être
« gérés » par la seule loi du marché « globalisé ». C’est un
mythe ! |
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Pointons la
culture des agrocarburants. "La fabrication de
biocarburants est aujourd'hui un crime contre l'humanité."
s’exclame Jean Ziegler. L’ex-rapporteur spécial des Nations
unies (FAO) pour le droit à l'alimentation, accuse les pays
développés d'être responsables de l'importante inflation qui
touche les denrées alimentaires. L’objectif d’intégration de
10% d’agrocarburants en 2020, fixé par la Commission
européenne, est trop élevé par rapport à la production
alimentaire et la démographie galopante. Les cultures d’agrocarburants
détournent l’agriculture de sa vocation première et
accaparent des terres fertiles et les forêts équatoriales.
Sur les marchés de l’économie néolibérale, seule la
satisfaction de la demande solvable importe. Alors priorité
aux réservoirs des 4X4 et non aux estomacs ! |
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| « Nous avons
vécu une pauvreté inimaginable, des horreurs et des
souffrances incroyables, le désespoir et la résistance puis
le silence. »
s’exclament Chen Guidi et Wu Chuntao dans le livre « China
: A Survey of Chinese Peasants ».
Dans l'arrière-pays des
mégalopoles chinoises florissantes, 900 millions de paysans
et travailleurs migrants, soit 60% de la population
chinoise, vivent dans une misère effroyable. La faim
tue aujourd’hui plusieurs milliers de personnes par jour.
Dans un silence presque total,
dans l’indifférence et la désinformation générale. |
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Agissons ! |
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A
l’occasion de la journée des Luttes paysannes, le leader
indien PV
Rajagopal
était en visite chez nous à Ath et Bruxelles. Il a pu
visiter des fermes paysannes en Wallonie ; il a constaté la
résistance du paysannat wallon face à la conjoncture. Il
s’est exclamé en public en faveur d’une résistance pacifique
et non violente des gens de la rue par, entre autres, la
consommation de produits paysans locaux et sains, l’arrêt de
la surconsommation, du gaspillage de l’énergie et des
denrées alimentaires, l‘arrêt du leurre des agrocarburants,
l’arrêt des OGM, l’application de la solidarité entre les
peuples, pour une répartition équitable des biens ainsi que
pour une régulation publique des marchés agricoles pour
aider les plus faibles et les plus démunis.
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Agissons dès
maintenant !
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