CRDD   -   Centre Régional   du  Développement Durable


 

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La hausse des prix des denrées alimentaires et  la  hausse du prix du pétrole !

 

Le marché pétrolier américain a été profondément perturbé, en 2005, par l’accumulation d’une série de catastrophes. En mars 2005, l’explosion d’une unité de la raffinerie BP de Texas City, provoquait la mort de 15 personnes. La raffinerie fournissait  30% de toute la production de la société aux Etats-Unis et 3% de la totalité de la production américaine. Cette explosion a fait immédiatement bondir les prix du pétrole, car toutes les raffineries pétrolières américaines fonctionnant quasiment à leur capacité maximale, le moindre arrêt dans une raffinerie a immédiatement des répercussions sur l’approvisionnement en essence dans tout l’Etat.

 

En septembre 2005, les ouragans   Katarina et Rita  provoquaient, dans le Golfe du Mexique, la disparition d’une vingtaine de plates-formes pétrolière américaines  ainsi que la fermeture de 711 plates formes et puits pétroliers. Or cette région produisait 88% de tout le pétrole brut pompé dans le Golfe du Mexique soit un quart de la production  aux Etats-Unis. Cette catastrophe naturelle entraîna l’augmentation   du prix du pétrole brut à 70 dollars  le baril.

Ces catastrophes ainsi que le sous-investissement chronique dans le secteur pétrolier américain, en dépit des bénéfices énormes dégagés par les majors (ExxonMobil, BP...) ou les compagnies nationales des pays producteurs, ont conduit, alors, les Etats-Unis à importer de l’essence à raison de 400.000 barils par jour.

 

 

Le sous-investissement chronique dans le secteur du raffinage pétrolier américain est très significatif de la politique menée généralement, aux Etats-Unis, dans tous les  domaines techniques depuis de très nombreuses années. Dans le secteur du raffinage pétrolier, cette politique persistante de sous-investissement, s’est surtout maintenue  parce que l’investissement dans le secteur exploration-exploitation pétrolière est plus rentable. Ainsi aucune capacité de raffinage n’a été ajoutée aux Etats-unis depuis les années 80 en dépit de l’usure extrême et du fonctionnement permanant des installations jusqu’à 95% de leur capacité.

 

Le secteur du raffinage pétrolier a cependant été contraint, ces dernières années, de s’adapter à l’application de normes environnementales plus strictes (carburants moins soufrés...) et à la transformation de la consommation, avec le besoin d’hydrocarbures légers.

 

« Les surcapacités de raffinage qui existaient, au niveau mondial, depuis le milieu des années 70 ont disparu à partir du milieu des années 90. En effet, les deux chocs pétroliers et la crise financière asiatique ont infléchi la demande et de nombreuses unités ont fermé. Entre 1990 et 2004, les capacités de raffinage au niveau mondial sont passées de 74,8 millions de barils/jour à 84,6 millions de barils/jour, mais cette augmentation n'a fait que suivre la demande. En conséquence, le taux d'utilisation des raffineries est extrêmement élevé (85%), ce qui rend le marché très sensible à tout risque d'interruption. Au niveau mondial, les capacités de raffinage restent suffisantes. En revanche, certaines zones très consommatrices comme les Etats-Unis ou l'Asie sont déficitaires. »

      In site web Sénat français. - http://www.senat.fr/rap/r05-105/r05-1057.html
 

A cette problématique, liée au manque d’investissement américain, s’est ajoutée une demande mondiale en pétrole de plus en plus élevée. De telle sorte que sous l’effet cumulé de l’instabilité politique persistante qui s’est installée en Irak, en Iran et au Nigeria une véritable flambée des prix du pétrole s’est emparée de tout le marché.

Cette situation dramatique a conduit certains Etats à encourager le développement des ressources énergétiques renouvelables notamment par la production d’agro-carburants. C’est ainsi que, selon les estimations, les américains auraient produit, en 2006, près de 15 milliards de litres d’éthanol dans 116 nouvelles usines de production d’éthanol. Ils visent la production de 18 milliards de litres d’éthanol d’ici la fin 2008.

Ce développement a été annoncé, en janvier 2006, par Georges Bush qui prévoit ainsi une nouvelle stratégie en matière de sécurité énergétique « visant l’abandon d’une économie basée sur la pétrole pour aller vers une économie centrée sur des énergies alternatives ».

D’autre part,  en allant au-delà d’une économie basée sur le pétrole, cette nouvelle politique permettrait d’assurer la sécurité énergétique des Etats-Unis. En vue de réduire leur dépendance au pétrole provenant du Moyen-Orient, Georges Bush a décidé de réduire de 75% les importations américaines en provenance du Moyen Orient.

Cette nouvelle stratégie développée, en février 2006, par Georges Bush,  avec le concours du « National Economic Coucil – White House » et intitulée «  Advanced Energy Initiative » qui  vise à juguler ainsi les problèmes de sécurité énergétique de Etats-Unis, s’appuie largement :

  • sur  les dispositions prises par Jimmy Carter, aux Etats-Unis, dès 1978, et portant sur des réductions d’impôts pour les producteurs d’éthanol ;

  • sur la doctrine prônée par Jimmy Carter, dans la directive « NSC -63, du 15 janvier 1981 », en rapport avec la région du Golfe persique où il précisait «  qu’en raison de ses riches champs pétrolifères, le Golfe persique représente pour les Etats-Unis une zone d’intérêt stratégique… Toute tentative visant à prendre le contrôle, de cette région sera repoussée par tous les moyens nécessaires y compris la force militaire… » .

Cette nouvelle stratégie ne pouvait qu’être encouragée par les grands céréaliers américains, tels que « Monsanto », « Cargil », « Dupont », « World Wide Wheat Co. »,  principaux fournisseurs de semences de maïs, de blé et de soja génétiquement modifiées ou transgéniques, ainsi que par les géants de l’agrobusiness comme « Archer Daniels » ou des firmes spécialisées comme « VeraSun » ou « POET » qui, à cette époque avaient déjà construit des dizaines d’usines d’éthanol.

De nombreuses coopératives d’agriculteurs, soutenues par des aides publiques, ont immédiatement appuyé la stratégie de  l’« Advanced Energy Initiative » de Georges Bush. Heureux des nouvelles perspectives qui s’ouvraient à eux, ils ont largement étendu les surfaces destinées à la culture aux céréales pour la  production des agro carburants.

Leur euphorie fut de courte durée. En un an, sous l’effet pervers des lois du marché, le prix de l’éthanol a plongé de plus de 15% et le cours du maïs a monté  de 20% . Le grand « boom de l’éthanol » était déjà passé.

 

En  2007, les stocks mondiaux de céréales tombent au plus bas, notamment en raison des mauvaises récoltes, en raison de l’accroissement de l’utilisation fourragère des céréales, et en raison de l’usage des céréales, à des fins industrielles, pour la  production d’agro carburants. Certains Etats imposent même des quotas à l’exportation de leurs céréales. Le marché du maïs et du blé s’enflamme et devient la proie des financiers. La spéculation financière s’étend maintenant non seulement au pétrole et à l’immobilier, mais également aux agro-carburants et aux céréales et provoque la montée de leurs prix  à la Chambre de Commerce de Chicago.

 

En mars 2007, un accord bilatéral américano-brésilien  sur la recherche et le développement de bio-carburants est signé entre Ceorges Bush et Luiz Inacio Lula da Silvaz . Le Brésil, premier exportateur mondial d’éthanol produit à partir de la canne à sucre, ne participant donc nullement à la forte inflation qui ravage la chaîne alimentaire mondiale, devrait de la sorte neutraliser l’envolée des prix sur le marché américain des agro-carburants. D’autant plus que le prix de revient de l’éthanol brésilien est de  0,25[€/L] contre      0,35 [€ /L ]  aux Etats-Unis. Cette coopération américano-brésilienne devrait également  permettre le développement de la production d’éthanol dans plusieurs pays latino-américains, renforçant ainsi la production américano-brésilienne actuelle qui est de 72% de la production mondiale. Elle devrait également permettre le développement de l’agro carburant « biodiesel » à partir d’oléagineux  tels que le colza, le soja, le tournesol  au Brésil et en Argentine.

Mais cette stratégie de coopération bilatérale vise probablement aussi des objectifs  géopolitiques :

  • contrer l’action du président vénézuélien Hugo Chavez, pro-castriste et viscéralement anti-Bush, qui apprécie peu le renforcement des liens de ces pays avec Washington ;

  • neutraliser  les conflits fonciers existant, notamment au Brésil, entre  paysans  sans terre et les grands propriétaires terriens héritiers des oligarchies nationales des pays du Sud, et certaines transnationales mondiales ….et …..

En 2008, cette montée des prix des céréales, concomitante à la montée du prix du pétrole, provoque alors également la montée des prix des produits alimentaires élaborés à base de ces céréales, comme le pain, des pâtes et des tortillas. Cette situation renforce, à son tour, les prix  des aliments  intervenant dans l’alimentation des porcins, bovins et volailles et par conséquent le prix des aliments carnés. Au Mexique, par exemple, le prix de la farine de maïs a subi une hausse de 60 %. Au Pakistan, le prix de la farine de blé a doublé.

Les marchés agricoles sont volatiles et ne peuvent être « gérés » par la seule loi du marché « globalisé ».

 

Cette course aux agro-carburants,  intervient à un moment critique, où les stocks de céréales sont à leur niveau le plus bas ( 417 millions de tonnes, en fin 2007, après une baisse de plus de 10%) et où deux grands Etats émergents, l’Inde et la Chine, deviennent grand demandeur de carburants, de céréales, de produits laitiers et d’une alimentation carnée, suite au changement des habitudes alimentaires de leurs populations..

Dans ces circonstances, cette course aux agro-carburants constitue une sérieuse menace de famine pour de nombreuses populations. Course aux agro-carburants  d’autant plus incompréhensible, qu’il existe des possibilités techniques de  production de bio-carburants à partir de biomasse autre que les céréales, production dite de seconde génération.

En effet au lieu de recourir à la trituration de céréales, suivie de leur fermentation et de leur distillation  pour arriver à la production d’éthanol, une autre technique consiste à procéder, à partir de biomasse pérenne non alimentaire comme la grande consoude  hybride de Russie, de peuplier génétiquement manipulé, ou à partir de biomasse constituée de déchets de bois, de paille, déchets ménagers, micro-algues….

Dans ce cas, on a recours pour l’obtention d’éthanol, à des techniques nouvelles telles que la technique de gazéification, de biométhanisation ou  la transformation de matières cellulosiques sous l’effet d’enzymes issues de cette biomasse non alimentaire. Techniques qui permettent d’obtenir des bio-carburants sans pour autant provoquer la famine.