CRDD   -   Centre Régional   du  Développement Durable


 

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Pratique " top-down" ou "bottom-up" du développement durable ?

 
     
 

Certains de nos concitoyens préoccupés par l'après-pétrole semblent vouloir s'inscrire dans le développement durable par la méthode du "bottom-up". Cette méthode particulière de pratiquer le développement durable se fait soit dans le cadre de la mise en oeuvre de l'Agenda 21 Local, soit tout simplement dans le cadre de la pratique d'une citoyenneté raisonnable soucieuse de ses propres intérêts, soucieuse d'apprendre à vivre dans les limites biophysiques de la planète.

 
 

Cette pratique peut viser une certaine amélioration de la qualité de vie, en intégrant principalement des préoccupations relativement simples portant par exemple sur la construction d'habitations économes en consommation énergétique, portant sur des préoccupations d'alimentation saine et équilibrée, par le développement local de la production, transformation et conditionnement de denrées alimentaires bio espérant réduire ainsi notamment les méfaits de l'agriculture intensive et la prolifération des transports à grandes distances ou portant sur toutes les préoccupations de la vie quotidienne...

 
 

Mais ces préoccupations sont largement insuffisantes pour rencontrer l'ensemble des problèmes qui se poseront à l'humanité lors de l'après-pétrole et qui font actuellement l'objet de développement de stratégies géoéconomiques ou de décisions géopolitiques qui dépassent, en général, largement l'entendement du commun des citoyens. Ces préoccupations, mineures somme toute, ont cependant le mérite d'exister et de constituer un stimulant psychologique.

 
 

Qu'on ne se trompe pas cependant, car si l'après-pétrole nous préoccupe et  nous incite à des réactions et à des initiatives locales, il reste cependant évident que la pratique "bottom-up" du développement durable ne constitue pas la " panacée miraculeuse" permettant de faire face, par exemple, à toutes les menaces futures qui pourraient découler du stade de développement actuel de l'économie de marché mondialisé et des dérives de celle-ci. Stade de développement dont nous critiquons notamment les implications en ce qui concerne la qualité de la vie, les impacts néfastes sur la biodiversité, les abus et le gaspillage au niveau de nos ressources naturelles, mais stade de développement que nous envient de nombreux Etats en voie de développement et dont ils souhaitent bénéficier avec tous les aléas que cela peut comporter.

 
 

Il convient également de se rendre à l'évidence que, malgré tous les efforts consentis par les acteurs locaux et les pressions exercées sur les responsables politiques et certains responsables des secteurs commerciaux,  les militants de la pratique " bottom-up" du développement durable ne peuvent à eux seuls sauver le monde et assurer un avenir aux générations futures leur permettant de répondre à leurs besoins. Trop de facteurs, trop de dimensions et trop de corrélations entrent en jeu et échappent à la connaissance et à la compréhension de la plupart des citoyens.

 
 

D'autre part, il importe également de s'interroger jusqu'où peut se développer la pratique "bottom up" du développement durable sans risque d'interférence et d'inefficacité avec la pratique " top down" du développement durable pratiqué par les responsables politiques, les Etats et les entreprises transnationales ?

 
     
 

Le développement durable est désormais omniprésent : certains gouvernements y consacrent un Ministère, les sociétés privées intègrent le développement durable dans leurs objectifs et dans leurs pratiques, surtout depuis la menace d'écotaxes, telle la taxe carbone. Le commerce, les transports, l'agriculture intègrent aujourd'hui le développement durable.

 
  Le développement durable est désormais non seulement omniprésent mais il apparaît comme une nouvelle préoccupation politique. Une nouvelle manière de penser le monde, une nouvelle manière qui devrait permettre d'apporter des réponses aux inquiétudes globales au travers de la pratique d'une gouvernance "top down": la protection de la biodiversité et des écosystèmes, la protection de l'eau, la qualité de l'air, la qualité de la vie, l'équité sociale, le partage des ressources naturelles, le développement des pays du Sud....  
  Dès lors une question fondamentale se pose: doit-on privilégier l'approche "top-down" ou entrer dans le développement durable par la pratique du " bottom-up"? Faut-il penser globalement et agir localement ? Comment faut-il articuler les deux ?  
 

Le développement "top down" des pays du Sud doit-il se faire selon les propositions des grands organismes internationaux, des ONG et calquées sur les pratiques et les choix des pays les plus riches tout en ne répondant pas aux attentes des populations des pays en voie de développement ?

 
  La mise en oeuvre du développement durable pensé du haut est souvent mal perçue par les populations  locales comme une ingérence d'experts dans leur champ culturel. "Aux yeux des pays en développement il peut être perçu comme un luxe de riche une série de "y-a-qu'à"  simpliste et simplificateur, quand il n'est pas perçu, non sans quelques raisons, comme une manière de mieux traiter la nature que les humains"  (Yvette Veyret- Professeur de géographie à L'université de Paris 10 Nanterre )  
  La mise en oeuvre du développement durable pensé du bas, souvent masqué par le phénomène NIMBY, peut aller à l'encontre d'objectifs plus vastes et plus complexes indispensables à un développement socio-économique durable ou aller à l'encontre des objectifs avancés par des autorités compétentes disposant de toutes les informations et données conditionnant un développement socio-économique durable dans toutes ses dimensions.   
  Il importe dès lors que la mise en oeuvre du développement durable se fasse de manière globale avec l'assistance et sous la gouvernance d'une autorité compétente avec le souci d'une compréhension et d'une acceptation par les citoyens des différentes mesures proposées.  
     
 

R.G.