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CRDD - Centre Régional du Développement Durable |
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"Tout scientifique se doit d'être sceptique" |
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Audrey Binet, Jean-Pierre Geets |
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In research *eu n°63-Avril 2010 - magazine de l'espace européen de la recherche. |
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Alors que les scientifiques du GIEC rassemblent, évaluent et synthétisent les études permettant d'affiner les connaissances au sujet de l'évolution du climat, des voix s'élèvent et mettent en doute leurs conclusions. |
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En science, une majorité ne forme pas une vérité. Si la plupart des experts en climatologie souscrivent à la thèse générale du GIEC ( Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat) selon laquelle les activités humaines sont très probablement à la base d'un réchauffement climatique dangereux, cette thèse est régulièrement réfutée par ceux que l'on appelle les "climato-sceptiques". Sans bonnes connaissances en climatologie, le commun des mortels est souvent démuni face aux arguments contradictoires des uns et des autres. Et certains medias, plus friands de polémique que de véritable information, ajoutent à la confusion.. |
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Si l'on écarte ceux qui défendent des intérêts particuliers- à l'aide de stratégies de désinformation qui rappellent celles des cigarettiers dans les années 80 - et ceux qui ne voient dans le GIEC que le bras armé d'un complot politico-écologiste planétaire, il reste des sceptiques sans doute sincères dont le propos se fonde sur des arguments scientifiques. |
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Bien que les arguments fusent dans toutes les directions, on peut grossièrement classer les sceptiques en deux grandes catégories qui nient ou minimisent l'origine anthropique du réchauffement, et ceux qui en contestent la gravité. Les premiers avancent des éléments tendant à démontrer que les émissions de gaz à effet de serre découlant de l'activité humaine ne sont que peu - voire pas du tout - responsables de la hausse des températures depuis le milieu du 20ème siècle. Celle-ci serait surtout liée à des facteurs naturels. Les seconds, pas nécessairement distincts des premiers, contestent les bases scientifiques des scénarios prédictifs projetant les conséquences que l'on peut attendre du réchauffement actuel. |
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| Le soleil, moteur du réchauffement. | ||
| L'argument le plus souvent avancé pour réfuter la thèse de l'origine humaine du réchauffement est relatif à la position de la Terre par rapport au Soleil et l'activité de celui-ci. De tout temps, ce serait l'intensité de l'activité solaire, la forme de l'orbite de la Terre autour du Soleil et l'inclinaison de notre planète sur cette orbite qui auraient régi les températures. | ||
| "Sur 800.00 ans, si on met de côté ces 200 dernières années, on voit effectivement que se sont les facteurs naturels, tels que les très lents changement de l'orbite terrestre et la position de la Terre sur celle-ci, qui ont déclenché les changements climatiques passés", concède Jean-Pascal van Ypersele, vice-président du GIEC et climatologue de l'Université catholique de Louvain (BE)."Mais si ces paramètres varient bien au cours de grandes échelles de temps, ils ne suffisent pas à expliquer la forte augmentation des températures mise en évidence depuis la révolution industrielle. Ne mélangeons pas des échelles de temps très différentes."(1) . | ||
| Et si le CO2 n'était certainement pas le seul facteur de causalité aux origines, ce gaz aurait été un facteur d'amplification des effets des changements de la distribution et de la quantité totale d'énergie solaire disponible à la surface de la Terre. "Le point de départ, ce sont les facteurs astronomiques, et il est tout à fait probable que les petits changements climatiques causés par ces fluctuations aient affectés le cycle du carbone qui aurait à son tour influencé les climats passés". | ||
| L'oeuf ou la poule ? | ||
| On touche là un autre point sensible du débat: la relation entre la concentration en CO2 de l'atmosphère et les variations de température. Alors que la plupart des climatologues affirment que la hausse de la concentration en CO2 dans l'atmosphère induit une hausse des températures sur Terre, certains scientifiques, graphe à l'appui, soulignent qu'au cours des temps géologiques, c'est plutôt l'augmentation des températures qui engendre des concentrations accrues de CO2 et non l'inverse. | ||
| "De fait après une augmentation de température causée par des facteurs astronomiques, les océans chauffent et sont moins aptes à dissoudre le CO2 atmosphérique. C'est une loi de la chimie: le CO2 se dissout mieux dans l'eau froide que dans l'eau chaude. Alors une part plus grande de ce gaz va rester dans l'atmosphère." | ||
| La température influe donc bien sur la concentration en CO2. | ||
| "Les sceptiques ont raison de dire que le CO2 , aux échelles du passé, suit l'augmentation de la température. Mais une fois qu'il s'accumule, il vient renforcer l'effet de serre naturel et amplifie le réchauffement . Si vous épaississez la couche de CO2 dans l'atmosphère, c'est comme si vous rajoutiez une couverture sur votre lit, vous avez encore plus chaud." | ||
| Une poussière qui pèse lourd. | ||
| Ainsi donc les relations entre facteurs astronomiques, température et concentration en CO2 atmosphérique exposées par les "climato-sceptiques" d'une part , et par les "climato-convaincus" d'autre part , une fois démêlées, ne semblent pas être diamétralement opposées. Toute la question reposerait alors sur le poids des gaz à effet de serre émis par l'homme sur ce système terrestre complexe. Et là aussi les opinions divergent. Pour les une, il s'agit d'un poids plume alors que pour les autres, c'est du poids lourd. | ||
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"La concentration en CO2 dans l'atmosphère est ridicule par rapport à celle de la vapeur d'eau, qui est le principal gaz à effet de serre (GES) (ndrl le CRDD préfère l'appellation gaz accumulateur de chaleur) et les émissions naturelles de CO2 sont nettement plus importantes que celles de l'homme, argumentent régulièrement les sceptiques. L'effet de serre est effectivement un phénomène naturel qui rend la vie possible sur Terre. Sans lui, il ferait -18°C au lieu de 15°C en moyenne à la surface du globe. Et la vapeur d'eau est, en effet, le premier gaz à effet de serre. Mais le problème n'est pas l'effet de serre en lui même, c'est son intensification, bien documentée, mesurée par satellite depuis 40 ans, qui est bien due aux activités humaines. Les analyse de la composition isotropique du CO2 atmosphérique prouvent que l'origine de l'augmentation de CO2 dans l'atmosphère découle bien des combustions fossiles." |
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| Il est vrai que les émissions naturelles de CO2 sont bien plus importantes que celles qui découlent des activités humaines. Lors d'un exposé sur le cycle du carbone à la fédération pétrolière de Belgique , en 1997, un climatologue mentionnait que les flux de carbone naturel sont d'environ 200 milliards de tonnes par an, contre 8milliards de tonnes d'origine humaine. Il estimait donc ridicule de vouloir s'attaquer aux quatre malheureux pourcent qui représentent les émissions anthropiques. Mais tout est une question d'équilibre . Ce qu'il n'a pas dit, c'est que les systèmes naturels recyclent leurs émissions, notamment grâce à la photosynthèse. Ces systèmes absorberaient ainsi, autant de dioxyde de carbone qu'ils en émettent. C'est une balance en équilibre: ci on y ajoute une poussière - ici le CO2 anthropique - d'un côté, elle se déséquilibre complètement. Sans compter la déforestation de masse que connaît notre planète et qui vient alléger le poids de l'autre côté de la balance. | ||
| Quand la porte du GIEC claque. | ||
| Les modèles climatiques sur lesquels s'appuie le GIEC pour faire ses prévisions font également débat. Sont-ils fiables ? | ||
| Les plus sceptiques estiment que la connaissance des paramètres qui influent sur le climat terrestre est insuffisante pour tirer des conclusions. | ||
| "Il n'y a jamais de certitude en science, mais les modèles climatiques ne sont pas de simples extrapolations statistiques, contrairement à ce que certains prétendent. Fondés sur des lois physiques, chimiques et biologiques bien établie, les modèles doivent d'abord pouvoir simuler le climat actuel. L'étape suivante consiste à vérifier qu'ils sont également capables de reproduire les climats du passé. Cela permet de valider l'outil sur les observations du climat de centaines, milliers, voire centaines de milliers d'années, effectuées notamment grâce aux carottes glaciaires. On peut ensuite utiliser les modèles, non pas pour prédire le climat futur car ce n'est pas possible, mais pour effectuer des projections." | ||
| Et si l'on en croit les modèles, ces projections varient fortement en fonction des scénarios futurs d'émission de GES... | ||
| Dans le film documentaire de Martin Durkin, "The Great Global Warming Swindle", on voit apparaître des scientifiques qui ont quitté le GIEC pour cause de désaccord avec les projections des rapports destinés aux décideurs politiques. Des experts en climatologie, donc,qui tournent le dos à leurs collègues: de quoi semer le doute dans les esprits. | ||
| "Malgré que se soit un groupe d'experts intergouvernemental, le processus de rédaction des rapports est très indépendant. Les auteurs écrivent les textes sur base de la littérature scientifique et ces textes sont soumis à trois cycles de relecture, par les experts et par les gouvernements. Chaque commentaire associé à une ligne ou à un paragraphe est inscrit dans un tableau, les auteurs indiquant ensuite comment ils en tiennent compte. Des relecteurs sont chargés de veiller à ce que chaque commentaire soit honnêtement évalué par les auteurs. Et, par souci de transparence, les tableaux sont accessibles à tous sur le site du GIEC. Un rapport cela représente des centaines d'auteurs, et au total 2.500 experts qui participent aux relectures. Que certains, à un moment donné, soient mal à l'aise - et cela n'enlève rien au fait que ce sont de bons scientifiques- parce qu'ils ne peuvent pas faire passer leurs idées sans qu'elles soient confrontées à d'autres aspects de la littérature ou des commentaires, c'est inévitable." | ||
| A sceptique, sceptique et demi... | ||
| Simple querelle d'experts ? Le débat, en tout cas, atteint parfois une virulence étonnante. Certains sceptiques n'hésitent pas à évoquer " la pensée unique" du GIEC. Et se voient eux-mêmes qualifiés, à l'occasion, de "négationnistes" ou de "révisionnistes". La dramatisation de la controverse dans certains medias et certains blogs contribue par ailleurs à installer une vision manichéenne de la question comme si elle se réduisait à une question de foi. Face à ces voies discordantes et amplifiées, le grand public ne sait plus à quelle sauce consommer le chaud-froid climatologique actuel. Et oublie peut-être que le doute est indissociable de la recherche de la vérité. | ||
| " Tous les scientifiques ont le devoir d'être sceptique. Je ne vois pas pourquoi certains devraient avoir le monopole du scepticisme." | ||
| Les enjeux économiques, politiques et sociaux sont, bien sûr, monumentaux. Si l'influence des activités humaines sur le climat est négligeable beaucoup d'efforts risquent d'être produits pour rien - encore que ceux qui visent à pallier à l'épuisement programmé des ressources fossiles restent vitaux pour notre avenir énergétique. Si au contraire , le facteur anthropique vient peser sur un équilibre naturel fragile au point de le perturber durablement, ne rein faire pour l'alléger et se préparer aux conséquences de son impact, relève , en regard des générations qui nous suivent, de la négligence coupable. | ||
| (1)Toutes les citations non attribuées sont de Jean-Pascal van Ypersele. | ||